Les tensions persistent entre Moscou et occidentaux
La tension persiste entre Russes et occidentaux, à l'approche d'un sommet européen où seront évoquées lundi d'éventuelles sanctions contre Moscou, qui recherche par ailleurs des soutiens à sa politique dans le Caucase.
La Russie a accusé jeudi les Etats-Unis d'avoir interféré dans le conflit en Géorgie à des fins de politique intérieure, tandis que de possibles sanctions contre Moscou étaient pour la première fois envisagées au sein de l'Union européenne.
Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a de son côté déclaré jeudi soir qu'il était "ouvert" à des négociations avec la Russie, qui a reconnu officiellement mardi l'indépendance des régions séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
"Oui nous sommes ouverts à toutes sortes de contacts", a affirmé M. Saakachvili depuis Tbilissi dans une interview diffusée par la télévision britannique BBC. "Nous avons toujours été ouverts, nous resterons ouverts", a-t-il assuré, ajoutant que sa seule condition pour de telles négociations portait sur la présence des troupes russes sur le territoire géorgien.
Un accord de cessez-le-feu entre la Russie et la Géorgie, négocié par le président français Nicolas Sarkozy avec Moscou et Tbilissi, prévoit le retour des forces géorgiennes dans leurs cantonnements et le retrait des troupes russes sur leurs positions d'avant le début du conflit en Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août.
Par ailleurs, une réunion sur la Géorgie, la 6e en trois semaines, a donné lieu à un nouveau dialogue de sourds ponctué de propos aigres-doux mais à aucune décision concrète, jeudi au Conseil de sécurité de l'ONU. La Russie a rejeté les critiques occidentales de son intervention militaire en Géorgie mais s'est trouvée isolée pour sa reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.
Jeudi à Moscou, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a affirmé que le conflit déclenché par la Géorgie dans la république séparatiste d'Ossétie du Sud avait été orchestré par Washington. "Le fait est que des citoyens américains se trouvaient dans la zone de conflit pendant les hostilités. Il devrait être admis qu'ils étaient là après avoir reçu des ordres de leurs supérieurs (...). Et le seul qui peut donner de tels ordres, c'est leur dirigeant", a-t-il accusé dans un entretien à la chaîne américaine CNN.
"Si j'ai bien compris, cela laisse penser que quelqu'un aux Etats-Unis a créé ce conflit spécialement pour que la situation empire et pour créer un avantage en faveur de l'un des candidats (...) à la présidentielle (américaine)", a-t-il ajouté dans une allusion voilée au républicain John McCain. Une accusation aussitôt réfutée par Washington qui l'a jugée "non rationnelle".
Un haut responsable militaire russe a pour sa part accusé la Géorgie de continuer à "redéployer" des forces militaires en direction de l'Ossétie du Sud et de rétablir la capacité de combat de ses forces avec l'aide de pays étrangers. Les Etats-Unis, qui ont annoncé un réexamen de leurs relations avec la Russie, ont évoqué une possible annulation de leur accord bilatéral de coopération nucléaire civile, tout en jugeant toute annonce prématurée.
De son côté, la présidence française de l'Union européenne a évoqué pour la première fois depuis le début de la crise géorgienne la possibilité de sanctions contre la Russie, dans la perspective du sommet extraordinaire de l'UE qui aura lieu lundi à Bruxelles. "Des sanctions sont envisagées, et bien d'autres moyens", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. L'UE apparaît toutefois divisée à ce sujet et ses options semblent limitées.
Ces menaces semblent avoir peu impressionné le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a ironisé en affirmant que l'Union européenne était "simplement irritée" par les déconvenues de la Géorgie, "petit chouchou" de l'Occident. Il s'exprimait en marge du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), à Douchanbé, où la Russie a reçu un soutien en demi-teinte de la Chine et d'autres alliés asiatiques, après sa décision de reconnaître les républiques séparatistes géorgiennes.
AFP 2008